Une lettre de Geneviève, piétonne-cycliste-automobiliste occasionnelle, et fière résidente de l’île de Montréal
Comme tous les matins, j’écoute la première chaîne de RC. Comme tous les matins, je dois, en tant que résidente de l’île, écouter les commentaires d’Yves Désautels sur l’état de la circulation autour de l’île, en plus de constater, avec toujours le même abattement, que les autoroutes, celles supposées permettre d’aller vite, sont bouchées, alors que nos rues, celles où nous vivons, que nos enfants traversent, et qui devraient obliger les autos à ralentir, sont des tuyaux où ça circule allègrement à 60 ou 70 km/h puisque la voie est libre et la lumière, 2 croisements plus loin là -bas, verte, allons-y il faut l’attraper.
Comme tous les matins, donc, je me demande bien *à qui* en réalité s’adresse la tranche matinale des informations, et surtout pourquoi le point circulation s’invite environ toutes les 15 minutes au lieu d’être donné sur une fréquence FM dédiée.
Ce matin, comme tous les matins, j’écoute d’une oreille distraite M. Homier-Roy discuter avec son invité le maire Tremblay à propos du budget de la Ville. Et je manque de m’étouffer dans mon café lorsque j’entends le premier invectiver le second à propos de… la piste cyclable de la rue Université. Quoi ! Une route d’accès à Montréal, qui voit arriver des milliers de voitures le matin, se voit affublée d’une piste cyclable, voit sa capacité routière diminuée ! Mais voyons M. le maire c’est impensable, vous avez créé un goulet d’étranglement pour tous ces honnêtes travailleurs qui se retrouvent coincés sur une seule voie de circulation ! Et tout cela pour quoi ? Pour le bon plaisir de quelques hurluberlus à pédale ! Je caricature, mais le sens y est.
D’habitude, lorsque le maire se fait interpeller de la sorte à la radio, on le sent qui cherche ses mots parce que les projets sur lesquels on le cuisine sont indéfendables. Le printemps dernier et les platitudes qu’il nous servait à propos de tout ce qui n’avait pas marché sur l’attribution du contrat des compteurs d’eau… Mais ce matin, la donne s’est inversée, provisoirement peut-être (quoique j’en doute), mais brutalement.
Ce matin pour la première fois, je sentais le maire Tremblay mal à l’aise parce que quelqu’un lui reprochait quelque chose de pourtant “vertueux” alors que c’est bien connu, on ne peut pas être contre la vertu. Ce matin, le maire Tremblay a eu de la difficulté, l’espace de quelques secondes, à rassembler ses arguments, parce que les mobiles de la critique, et non l’action de son administration, était totalement infondés. Une grande première ! On sentait la nervosité affleurer parce que non, vraiment, celle-là pour rien au monde il ne l’aurait vue venir… il aurait plutôt attendu l’inverse.
Et d’ailleurs moi non plus, et pourtant depuis quelque temps je m’attends à tout de la part de la SRC.
Selon monsieur Homier-Roy, donc, il n’y a rien de plus sacro-saint que la fluidité absolue, totale et non entravée du trafic automobile, car apparemment les seules personnes qui apportent de la valeur ajoutée à Montréal, qui viennent travailler dans les bureaux situés sur l’île, dépenser de l’argent sur l’heure du midi dans les commerces alentour, et ainsi se voir glorifiés d’un hypothétique mérite économique, ce sont les automobilistes extérieurs, pour qui le contribuable îlien doit assurer des conditions de circulation optimales.
Sauf que si toute cette pensée était vraie, alors la conséquence directe, pour valoriser encore plus l’apport des autos extérieures sur l’île, ce seraient les péages pour l’accès aux ponts. Ce serait trop beau, le gain économique se réaliserait encore plus vite ! On pourrait investir dans des transports en commun dignes de ce nom, par exemple… Mais comment dire… je doute que cet argument puisse s’incorporer à ligne argumentaire de M. Homier-Roy.
Pour respecter le “droit imprescriptible et inaliénable de l’automobile à se rendre partout en tout temps et gratuitement”, il faudrait donc négliger celui des résidents à se déplacer de façon sécuritaire par le moyen de locomotion de leur choix. Ou plus crûment : là où l’auto passe, le cycliste ou le piéton trépassent. M. Homier-Roy proposait ce matin ce qu’il imaginait être des “solutions” : par exemple, mettre cette piste cyclable qui l’embête tant sur l’avenue McGill College, ou sur d’autres petites rues avoisinantes, qui selon lui auraient très bien pu servir le même objectif.
Sauf que dans le cas qui nous préoccupe, l’administration Tremblay a semble-t-il fait preuve de lucidité en faisant d’une pierre, 3 coups.
Transformer une des 3 voies de la rue Université en piste cyclable à double sens permettait effectivement, en plus d’offrir un lien entre la bande cyclable Milton et la piste Maisonneuve, de réduire la capacité routière d’une rue autrement qualifiable de tube, et par conséquent d’améliorer le sort des non-automobilistes sur cette rue.
N’oublions pas qu’il y a plusieurs bâtiments d’enseignement, la sortie d’un campus universitaire, une école primaire et secondaire, ET un conservatoire attenants à cette rue ; que, sans compter ni les touristes, ni les résidents, le quartier est donc rempli à craquer de personnes se déplaçant sans la confortable protection d’une coque en acier montée sur 4 roues. Une circulation automobile à sens unique et parfois 3 voies de front vous semble-t-elle réellement normale et sécuritaire dans un tel contexte ?
Je m’inscris donc en faux par rapport à M. Homier-Roy, dont l’argumentaire est si représentatif de ces ingénieurs en circulation des années 60, et pour une rare fois, je félicite l’administration Tremblay d’avoir été de l’avant avec la piste cyclable sur Université, pour tous les objectifs différents qu’elle sert : protéger les cyclistes qui font la jonction entre 2 pistes/bandes existantes, réduire la capacité automobile (une ville qui claironne le côté vert de son Plan de Transport ne peut faire autrement si elle veut garder un minimum de crédibilité sur le sujet), protéger les piétons du quartier, sortir les cyclistes du campus McGill qu’ils utilisaient à tort et à travers parce qu’il était plus sécuritaire que la rue Université, et finalement rendre plus humaine cette portion du centre-ville.
Geneviève,
piétonne-cycliste-automobiliste occasionnelle, et fière résidente de l’île de Montréal

Vendredi 15 janvier 2010 Ã 13 h 13 min
Suite à la *montée d’atmosphère*de monsieur Homier-Roy concernant la piste cyclable University, j’ai l’impression que l’animateur a confondu le chantier et le résultat du chantier. De nombreux travaux ont eu lieu simultanément sur ce tronçon, il en est résulté un joyeux mélange de cyclistes, piétons, autos et grosses machineries.
Avant Nöel, en tant que cycliste, j’ai beaucoup utilisé ce tronçon, somme toute pas plus long que la hauteur de la tour de Radio-Canada. En fait, c’est pour moi que ce segment a été construit car j’utilisais le campus McGill pour me rendre à Wesmount ou NDG. Je préférais passer par le Campus mais nous étions trop nombreux à l’utiliser pour prendre un court bain d’histoire, de verdure et d’architecture.
En tant que cycliste, j’aime beaucoup la solution apportée par la Ville. Ce segment est sécuritaire et permet d’accéder à la piste Claire-Morisette dite Maisonneuve. Cette piste est tout simplement parfaite autant dans son design que dans son efficacité. Bravo Monsieur Tremblay. On en veut d’autres comme celle-là .
Ceci dit, l’esprit décide bien de ce qui le chicotte. Moi, ce sont les longues pistes de stationnement de chaque côté des rues qui me font *monter l’atmosphère.* La seule solution est que chacun réduise sa vitesse de croisière et accepte la présence de l’autre. Mais ça… c’est une leçon de vie de tous les instants.
andré boulanger
Samedi 16 janvier 2010 Ã 14 h 21 min
Est-ce qu’on pourrait arrêter, à chaque fois que l’on fait une observation, un commentaire, une observation sur ce blogue, celui de M Ferrandez, ou dans une assemblée municipale, de se définir en termes des moyens de transports que l’on utilise?
On dirait qu’un système de “castes” est en train de s’installer sur le Plateau. Une carte Opus, une clé Bixi “membre fondateur” et un membership à Communauto vous définissent comme Brahmine, saint, et irréprochable. Vous avez une clé de voiture, 2 vignettes de stationnement et un poêle à bois, vous voilà obligatoirement un intouchable.
Nous sommes tous humains et résidents du Plateau. That’s it that’s all. Pas plus que la sommes des taxes que l’on paye ne donne de poids à notre opinion, pas plus la couleur de notre clé Bixi ne devrait y changer quoi que ce soit.
PS j’ai peut-être moi aussi sombré dans ce piège dans des commentaires antérieurs, je m’en excuse. Mais là , j’en ai marre. Marre en tant que cycliste, piéton, conducteur, unijambiste occasionnel et fier propriétaire de quelques plantes vertes.
Samedi 16 janvier 2010 Ã 14 h 35 min
Palme du commentaire pour la caste des Brahmanes du Plateau!
Samedi 16 janvier 2010 Ã 16 h 47 min
Moi, aussi j’aime bien Brahmanes du Plateau. Très drôle.
Alors on parle de quoi ? ;0)