Avec l’annonce de renforcements des règlements municipaux sur le bruit dans le Plateau Mont-Royal, vient une levée de boucliers, mélange de réelles inquiétudes et d’exagérations.
Mettons tout d’abord les choses à plat : le bruit dont sont victimes les citoyens de l’arrondissement peut se diviser en trois grandes catégories : le bruit issu de musique et de fête, composé pour moitié de bars/restaurants et le reste en bruit de voisinage, celui des ventilations, et le bruit routier. Les renforcement actuels de la lutte contre le bruit et les modifications réglementaires visent pour l’instant la première catégorie.
L’utilisation de l’argument ad hominem
Ceux qui contestent la légitimité d’un renforcement invoquent parfois le fait que les résidents « auraient du » s’installer ailleurs s’ils ne voulaient pas souffrir des nuisances. Cet argument est un très vieux stratagème de rhétorique, référencé par Schopenhauer comme « Stratagème 16″ dans L’art d’avoir toujours raison. Extrait: « Quand l’adversaire fait une affirmation, nous devons chercher à savoir si elle n’est pas […] en contradiction avec quelque-chose qu’il a admis auparavant. Ainsi si l’adversaire affirme par exemple que Berlin est une ville désagréable, on s’écrie aussitôt : pourquoi ne pars-tu pas par la première diligence? »
Ainsi on entend souvent que les résidents victimes du bruit de bars « auraient du » s’installer dans des quartiers moins animés, que les victimes du bruit routier « auraient du » s’installer sur des petites rues et que les résidents victimes de bruit de ventilation « auraient du » s’installer ailleurs qu’à proximité des ruelles commerciales. Cette argumentation est tellement répandue, et surtout tellement automatique, qu’on comprend d’où vient la conception selon laquelle une personne qui s’est fait violer « n’avait qu’à pas » le chercher. Dire aux revendicateurs d’aller voir ailleurs s’ils y sont est une façon insidieuse de faire passer un message de soumission et d’abandon du sens critique.
Des demandes légitimes
Pourtant les riverains ont des demandes légitimes. Ils se sont installés quelque part et ont construit un sentiment d’appartenance à leur quartier. Ils souhaitent améliorer leur environnement, qu’ils aiment, dans quelque direction que ce soit, le rendre plus vivable. Un habitant de banlieue voudra peut-être intensifier la vie de son quartier… celui d’un coeur de village rural faire découvrir la spécialité de sa région… Les résidents du Plateau Mont-Royal veulent améliorer leur qualité de vie, qui passe aussi par la qualité de leur sommeil. Or il est du devoir du Maire, non seulement moralement mais surtout légalement, de les protéger contre les nuisances sonores. La Cour Suprême a même statué en ce sens (paragraphe 26 de l’arrêt Ville de Montréal).
Pas de suppression du bruit, mais un retour à l’équilibre
D’autres argumentaires contre les modifications règlementaires étendent abusivement les affirmations initiales pour les discréditer. Ainsi on entendra que les modifications règlementaires visent la suppression du bruit, et de manière sous-entendue, de leur source ! Une autre tactique de rhétorique référencée comme « Stratagème 1″.
Personne ne souhaite la suppression de la vie nocturne dans le Plateau, car personne ne veut transformer la ville en cité-dortoir, dénuée de la présence rassurante de commerces achalandés ouverts la nuit. Une ville avec des trottoirs où l’on voit les gens marcher jusqu’à des heures tardives est aussi synonyme de qualité de quartier ! Personne ne souhaite non plus la suppression des installations mécaniques nécessaires au bon fonctionnement des épiceries locales tant appréciées dans l’arrondissement. De même personne ne déclarera qu’on fera disparaître les autos du réseau artériel. Les demandes des citoyens à l’origine des modifications réglementaires ne découlent que d’un voeu d’équilibre.
Un des principaux enjeux, comme l’a souligné le maire Luc Ferrandez, est d’éviter la fuite des résidents. Car la perte de mixité sociale qu’implique le départ des résidents et familles du quartier serait, elle, bel et bien une catastrophe pour le Plateau Mont-Royal.
La règle de l’immobilité a le dos large : « Mieux vaut faire comme on fait toujours même s »il ne se passe rien, plutôt que de faire autrement et risquer qu’il se passe quelque chose ». Fort heureusement, la nouvelle administration du Plateau prend ce risque et tente d’inverser la donne.
Ce que veulent les citoyens attachés à leur arrondissement c’est le retour à l’équilibre pour la question du bruit, et ce retour se traduira par mieux vivre ensemble… n’est-ce pas là le savoir-vivre?
Pierre Dodin
Président du comité Bruit du Plateau Mont-Royal

septembre 3rd, 2010 at 8 h 52 min
Recommander sur Facebook ne fonctionne pas. Ça apparaît ici mais pas du tout dans mon profil.
septembre 7th, 2010 at 20 h 17 min
Bonsoir,
A propos du bruit. Il n’y a pas que le bruit des fêtes et des bars. Il y a les voisins qui écoutent la musique trop forte. Et il y a les centres communautaires comme le MAI en face de chez moi. Ce soir, une chorale pratique, le samedi ce sont des cours de danse africaine avec tambour etc. Ne pourraient-ils pas garder les fenêtres fermées au lieu que je doive passer ls sloirée avec MES fenêtres fermées. je dois vous dire que ça fait 20 ans que j’habite le quartier et quand J,y ai aménagé, il n’y avait pas ce centre. Que faire.
septembre 8th, 2010 at 19 h 26 min
Oui en effet, c’est le bruit que je range dans la catégorie « bruit de voisinage », j’aurais du préciser « entre résidents ».
Dans cette catégorie, il arrive parfois que les citoyens à l’origine du bruit n’en n’ont même pas conscience. Un peu de communication peut alors simplement résoudre le problème. Dans le cas de personnes qui n’osent pas effectuer cette démarche, un médiateur pourrait s’avérer utile. Ça fait partie des propositions du comité.
Je ne connais pas le centre dont vous parlez, mais pour que votre cas soit documenté, une démarche auprès de l’arrondissement serait peut-être une chose à faire.
septembre 9th, 2010 at 22 h 56 min
Avoir su que c’était du pareil au même, j’aurait mangé mon vote!
L’ouverture de votre argumentaire (ad hominem) est d’une bassesse démagogique sur laquelle je préfère ne pas m’étendre très longtemps.
Brièvement, nous dirons que le parallèle avec la rhétorique des machistes quant aux victimes de viols « qui l’ont cherché » n’a tout simplement pas sa place dans la discussion. Ensuite, si Schopenhauer vous éclaire dans votre ambition d’avoir toujours raison, il serait préférable que vous en synthétisiez son apport en vos termes, sans quoi ça donne l’impression d’un branlage accoudé sur votre livre de chevet. Que d’incoforts à vous voir écrire en vous lisant.
Mais venons en aux faits. Les divers mouvements d’aseptisation culturelle de Montréal doivent être conscient de leur positionnement quant à la vitalité de la métropole. Les faits sont que de beaucoup de quartiers montréalais sont d’un calme plat passé l’heure du souper. Promenez-vous y le soir et vous verrez bien. Quitter les grandes avenues et la douceur de l’ambiance règne. Et c’est tant mieux, la plupart des quartiers sont des quartiers a forte tendances résidentielles.
Mais la question de l’heure à Montréal pour beaucoup de ses artisans culturels, c’est de savoir où est-il encore permit à la culture et aux arts de la scène plus précisément de se développer et de s’exprimer? On a longtemps tolérer la répression quant aux bruits en se disant qu’au moins, il y aurait le quartier des spectacles (qui devait être principalement dédier aux arts du sons et de la scène). L’histoire récente et les descentes à la S.A.T. nous démontre le contraire.
De plus, quiconque rêve d’une culture montréalaise brandée Spectra n’a pas ce dont on traite à coeur.
Alors je vous pose la question, où peut on encore espérer avoir la paix lorsque l’on veut développer et afficher la culture Montréalaise, dont tous sont si fière (bien que trop souvent à postériori) ?
Lorsque l’on prend la question depuis notre perspective, on comprend pourquoi asceptiser le plateau de sa vitalité audible est une grave erreur. Vous connaissez sûrement l’histoire des habitations Jeanne-Mance (oeuvre du nettoyage du red-light par Drapeau?), vous ne saurez donc ignaurer l’effacement corollaire de Montréal en tant que plaque tournante du Jazz. Spectra et son festival de « jazz » ont mit des décennies à lui redonner une place, et encore… combien de jazz accessible au festival de jazz ?
Tous ça pour vous demander conseil du haut de votre sagesse et de vos philosophes allemands. Où voulez vous qu’ils aillent les artistes pour faire vivre ce qui nous rend si fier, nous les montréalais.
Quel genre de service croyez vous rendre à Montréal en l’aseptisant de la part de son âme que l’on entend?
C’est pas pour dire « crissez votre camps du plateau ». Mais pour demander si y’aurait pas moyen de laisser les places pleine de vie tranquille et de s’installer sur des rues déjà tranquilles et où vous pourrez vous coucher tranquille après les nouvelles?
Et en passant, C’est vrai que y’a des secteurs de la ville, dont le plateau et le centre-ville, qui ont toujours été bruyants, et tous pleins d’endroit pas loin où il a toujours été possible d’avoir une paix relative… après ça pour un silence pur, habituellement on se trouve un sommet de montagne, et on espère qui vente pas trop et que la vie animal se tient au point mort…
septembre 10th, 2010 at 11 h 52 min
Continuez votre beau travail, mon condo dans Hochelaga va juste prendre de la valeur quand l’action déménagera dans mon coin.
octobre 6th, 2010 at 2 h 13 min
Monsieur Dodin,
Je suis étudiante au Baccalauréat en journalisme à l’Université du Québec à Montréal et membre du journal étudiant de l’UQAM, L’Esprit Simple. Pour notre prochaine parution, j’écris un article sur le projet NOISE dans le Plateau Mont-Royal. Je constate ici que vous êtes le président du comité Bruit de l’arrondissement. C’est pourquoi j’aimerais savoir si vous seriez enclin à répondre à quelques unes de mes questions au sujet de la loi pour la réglementation de la pollution sonore dans le Plateau. Vos commentaires sur la question seraient grandement appréciés!
Merci de votre considération,
Lily T.-G.
octobre 17th, 2010 at 17 h 23 min
Bonjour,
Suite à votre message, je vous envoie le lien vers le rapport du comité bruit.
https://sites.google.com/site/comitebruitplateau/
ainsi que vers le lien vidéo du conseil d’arrondissement où le rapport a été déposé:
http://webtv.coop/mediadetails.php?key=1b7550eafefa842e2053&title=Conseil+d%27arrondissement+du+Plateau+Mont-Royal-1
J’y présente un état des lieux issu de l’analyse des plaintes adressées à la police, de celles adressées à l’arrondissement, ainsi que d’une modélisation pour le bruit routier. Les recommandations sont aussi abordées. Si vous avez des questions, je peux bien entendu y répondre.
Il faudra toutefois distinguer le Projet Noise, qui est une initiative de la police d’augmentation des effectifs reliés à la question du bruit et le Comité Bruit qui est un comité de réflexion et de proposition de l’arrondissement.
octobre 20th, 2010 at 17 h 46 min
Bonjour Monsieur Dodin,
je suis étudiant français en acoustique architecturale et urbaine (Paris VI)
J’ai effectué un projet de recherche sur le bruit urbain au Centre Scientifique et Technique du Batiment à Grenoble, France et je viens de terminer un stage dans un bureau d’études acoustiques à Montréal où j’ai travaillé sur des projets d’acoustique urbaine.
J’ai lu avec un intérêt le travail du comité bruit et j’aurai souhaiter vous rencontrer pour vous poser quelques questions concernant la démarche et les travaux du comité.
Merci d’avance pour votre réponse
Cordialement
Romain Dumoulin
dumoulin.romain@yahoo.fr